Eugène Schueller, fondateur de L'Oréal, le Rabbin Robert Meyers, Liliane Bettencourt, François-Marie Banier, Patrice de Maistre, Nicolas Sarkozy, Florence Woerth... Qu'est-ce que le théâtre vient faire dans cette histoire? Telle est la question.
Quand on travaille chez Cosson, on est pris dans tout un réseau de sentiments qui débordent les limites d'un simple contrat d'emploi. Les Travaux et les Jours nous conduit dans l'exploration du territoire amoureux qui se constitue entre l'entreprise, ses employés et ses clients. Les amours ne sont pas nécessairement heureuses. Le territoire en question est parcouru de tensions et de conflits. Au point qu'il se disloque, à la fin, sous la poussée de forces contraires. Un nouveau paysage se découvre alors, sur les décombres du premier. A la renverse. Chaque samedi en prime time, mortellement atteinte d'un cancer de la peau, résultat d'un amour immodéré pour le soleil, la princesse Bénédicte de Bourbon-Beaugency est à l'écran et bouleverse les Français. Ce qui n'est pas sans conséquences sur le sort de Bronzex, leader du marché des produits solaires. Ni sur le destin de ses employés ; depuis les ouvrières sur les chaînes de remplissage des tubes et des flacons, en passant par les cadres, jusqu'au sommet de la hiérarchie.
Depuis des décennies, l'œuvre théâtrale de Michel Vinaver s'impose comme une présence atypique et essentielle dans le paysage contemporain. Sans moralisme ni didactisme, cet écrivain met en lumière l'inadéquation de l'homme face au monde. À travers des collages, montages et superpositions, il prélève des échantillons sur des souffrances sociétales qui parlent d'elles-mêmes, se faisant discret derrière sa méthode expérimentale. Comme un médecin face à un diagnostic, il invite à l'interprétation, car souvent le pronostic est engagé. Son écriture, née du choc d'éléments disparates, évite le pathos pour toucher à l'émotion et à la pensée. Elle résout la contradiction entre unité et fragmentation en provoquant une déflagration. Ce numéro d'Europe vise à placer la parole de l'écrivain au centre, tel un élément détonant. Les essais critiques, témoignages et analyses des metteurs en scène qui l'entourent réaffirment la vocation paradoxale de ce théâtre à s'écarter des chemins habituels, à écouter les bruits du monde et à faire entendre l'inouï à travers une traversée d'espaces encombrés.